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Article écrit par le Dr Sylvain MIMOUN, Gynécologue Andrologue

Directeur du centre d’Andrologie de L’hôpital Cochin, Paris

«La seule façon de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime vraiment bien», affirmait avec humour Woody Allen. 

De fait, cette pratique est la première exploration qui permette de faire connaissance avec soi-même, à main nue sur la vulve ou le pénis ou à l’aide d’un objet stimulant. Cet acte naturel pratiqué par de nombreux mammifères procure du plaisir et libère les tensions. C’est un anxiolytique naturel qui calme et apaise, surtout en période d’anxiété ou de stress. 

Mais alors pourquoi la masturbation est-elle si mal vécue dans nos cultures, au point que certains hommes, aujourd’hui encore, sont incapables de s’imaginer la main sur le sexe, même lorsque c’est pour la « bonne cause »: apprendre à contrôler leur éjaculation ou réaliser une fécondation in vitro? 

L’histoire est ancienne… 

Le plaisir solitaire est avant tout réprouvé parce qu’il met en péril l’avenir de l’espèce humaine (c’est d’ailleurs la même chose pour l’homosexualité). La précieuse semence est perdue dans la nature au lieu de participer à la reproduction. Le tabou a franchi les siècles. 

Une vie sexuelle plus épanouie 

Or la masturbation est actuellement considérée par les sexologues et les psychologues comme nécessaire à la découverte de l’intimité de son corps, donc, par contrecoup, à la procréation ; elle est l’atout nécessaire à une sexualité adulte épanouie. Se connaître mieux, c’est être plus sûr de soi. 

L’homme peut joindre l’utile à l’agréable et apprendre de cette manière à ne pas être un éjaculateur précoce. Au lieu de se stimuler et d’en finir rapidement (en culpabilisant généralement), il peut, au contraire, prendre tout son temps, apprendre à retarder le moment du plaisir en cessant de se caresser au seuil de l’excitation, ce qui crée un conditionnement physiologique et une maîtrise enviable : le sex-control.

À vingt ans, l’homme peut se masturber au saut du lit, et avoir des rapports sexuels peu de temps après, la phase réfractaire (de récupération de l’érection) étant très courte. À l’âge mûr ou très mûr, il faut bien quelques heures, voire une journée entière, pour être de nouveau opérationnel. 

En cas de masturbation trop intense, il peut y avoir des échauffements, avec parfois brûlures au second degré (apparition d’une cloque à cause du frottement de la main sèche sur la verge). Il suffit d’appliquer sur la zone lésée une crème apaisante comme la Biafine et d’attendre quelques jours que tout rentre dans l’ordre.

La masturbation dans le couple et hors du couple

Dans le couple, cette pratique peut devenir un stimulant efficace. On peut imaginer toutes les combinaisons possibles: la femme qui se masturbe devant son partenaire, lui qui se masturbe devant elle, lui qui la caresse, elle qui le lui rend bien. Il suffit de se laisser porter par son imagination et son désir.

Il arrive aussi qu’un homme préfère se masturber seul, souvent en culpabilisant, en se demandant s’il est normal, pervers ou même dénaturé. Rien de cela évidemment n’a de raison d’être; parfois, il est simplement trop excité ou trop tendu pour attendre d’être apaisé; ou alors il y a un peu de paresse, une petite «gâterie vite faite» semble plus facile qu’un rapport complet avec une (ou un) partenaire qui réclame des efforts parfois trop longs. La compagne qui tombe sur les draps tachés peut subir un véritable choc ; il ne faudrait pas : peut-elle combler à elle seule les tensions (sexuelles ou pas) qui agitent son homme ? La masturbation est un tranquillisant naturel, elle n’est ni sale ni honteuse.

La masturbation chez la femme

La stimulation clitoridienne se pratique seule, dans l’intimité, ou accompagnée lors du rapport sexuel. Beaucoup de femmes ne découvrent cette pratique que tardivement. 

Selon l’enquête Contexte de la sexualité en France 2006, entre 18 et 25 ans, seulement une femme sur deux a tenté l’expérience au moins une fois dans sa vie, alors qu’entre 35 et 39 ans, 68 % ont essayé. La confiance et l’expérience aidant, les femmes s’autorisent ces caresses sur elles pour provoquer leur plaisir ou le majorer. 

Lorsque le premier rapport d’étude Shere Hite sur la sexualité féminine est paru en 1976, il a connu un succès immense dans le monde. Pour la première fois, les femmes découvraient que la masturbation était plus répandue qu’elles ne l’imaginaient (nombreuses étaient celles qui se pensaient seules à la pratiquer). Elles découvraient surtout que la plupart avaient du plaisir par la stimulation clitoridienne, alors que beaucoup imaginaient qu’il fallait forcément une pénétration pour jouir. 

«Pendant des siècles, on a dit que les femmes avaient du mal à avoir des orgasmes, que leurs orgasmes étaient loin d’être aussi forts, aussi réels que ceux de leurs congénères masculins; que les hommes éprouvaient

plus facilement des plaisirs sexuels, que leurs orgasmes étaient plus violents, écrit Shere Hite. […] 

La présente enquête (menée sur 3000 femmes pendant quatre ans) montre que la majorité des femmes, même si elles apprécient le coït, ont besoin d’une stimulation spécifique de la vulve ou du clitoris pour atteindre le septième ciel !» 82 % des Américaines interrogées ont dit qu’elles se masturbaient ; parmi elles, 95 % parvenaient sans peine à l’orgasme, autant qu’elles le voulaient.

Ce qui a amené Shere Hite à cette conclusion : l’aisance des femmes à jouir en se masturbant seules contredit totalement leur incapacité prétendue à se « mettre en route » ou à parvenir régulièrement à jouir. 

Osez le faire

En vérité, les femmes sont très capables de plaisir, à condition qu’elles acceptent ce genre d’explorations très personnelles. Et c’est là que le bât blesse : celles qui le font agissent encore souvent dans la culpabilité, la honte ou la peur. Les interdits et les tabous sont tenaces, surtout dans la vieille Europe.

Les réticences exprimées par les femmes en consultation sont de différents ordres :

– « J’ai essayé, mais cela ne m’a rien fait. » C’est vrai, le plaisir ne vient pas instantanément comme si l’on appuyait sur un interrupteur. Il faut tenter, recommencer, apprendre, se connaître pour créer de nouveaux réflexes et érotiser progressivement cette zone-là. 

Au cours de rapport sexuel, la stimulation clitoridienne a sa place aussi : il peut y avoir intromission vaginale et stimulation simultanée du clitoris, ce qui permet du plaisir avec (ou malgré) la pénétration vaginale.

– « Si je me masturbe, mon mari va croire qu’il ne sert à rien », craignent d’autres femmes. C’est bien souvent le contraire qui se produit. L’homme est très souvent excité de voir sa partenaire se caresser, parfois il n’ose pas le demander, c’est tout. Pour le (ou se) rassurer complètement, on peut lui dire : «Tu m’excites tellement que j’ai envie de me caresser.» Rien à voir avec : «Je suis tellement frustrée que j’ai besoin de me satisfaire. »

Conclusion

– « C’est dangereux de se masturber.»

Cette croyance a la vie dure. Cette pratique ne rend ni fatiguée, ni anémique, ni boutonneuse, ni sourde, ni même stérile. Le seul vrai danger des caresses en solo est finalement la tentation de fonctionner en circuit fermé. Comme on trouve ça plutôt bon, facile, pratique et rapide, on ne se donne même plus la peine de séduire son partenaire.

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