Le Priapisme – Comment l’identifier et s’en inquiéter

Sommaire

Définition du priapisme 


Le priapisme est une érection prolongée pendant plus de 4 heures, non contrôlée et douloureuse la plupart du temps, qui ne se résout pas par l’éjaculation. Cette pathologie, qui touche le corps caverneux du pénis mais n’atteint ni le tissu spongieux ni le gland, apparaît sans aucune excitation ni stimulation sexuelles. 

En temps normal les corps caverneux se gorgent de sang lors de lʼérection puis l’expulsent par compression, avec une ouverture de veines dîtes de drainage. Dans le cas du priapisme, l’afflux sanguin est tel que le corps caverneux ne peut enclencher l’action de vider cet afflux. 

Pour la petite histoire, le mot priapisme vient du dieu Grec Priape, dieu de la fertilité, qui était représenté doté d’un pénis d’une taille considérable en érection permanente. Il aurait été affublé de ce pénis – inutile car fait de bois – en punition, après avoir tenté de violer une déesse. 

Les cas de priapisme sont relativement rares car ne se déclarent que dans 1,5 cas pour 100 000 par an. 

On distingue trois types de priapisme : 

  • Le priapisme veineux ou priapisme à flux réduit : C’est le type le plus fréquent et le plus dangereux sur le long terme car au-delà de 3 heures d’érection prolongée, une nécrose peut se créer au niveau du corps caverneux, créant une hypoxie des tissus et donc des dysfonctionnements érectiles permanents par la suite. La prise en charge doit donc être extrêmement rapide, cependant la plupart des hommes atteints attendent une disparition naturelle des symptômes, qui ne vient pas. La douleur est intense, causée par la pression sanguine trop importante ainsi que la souffrance cellulaire. 
  • Le priapisme artériel ou priapisme à haut débit : Il peut s’installer lentement, sur plusieurs jours, et n’est pas souvent douloureux. Le pénis reste relativement souple et est rythmé de pulsations. Il est lié le plus souvent à un choc reçu au niveau de la verge, entraînant la rupture d’une artère et donc un déversement sanguin dans le corps caverneux. 
  • Le priapisme chronique intermittent ou récidivant : L’érection est plutôt nocturne et revient régulièrement. Une fibrose du corps caverneux se forme parfois sur le long terme. 

Causes du priapisme 

Les hommes entre 40 et 60 ans sont les premiers concernés par ce trouble érectile car les risques de cancer de la prostate sont plus élevés. Cependant, les plus jeunes, souvent plus actifs sexuellement ou ayant davantage d’activités sportives, sont plus susceptibles de subir un traumatisme lors d’un rapport sexuel ou d’un sport, et donc d’engendrer un priapisme. 
Ce dernier peut également se présenter dans les situations ci-dessous : 

  • Une prise médicamenteuse : médicaments favorisant l’érection, psychotropes, testostérone, alpha-bloquants, béta-bloquants, anti-dépresseurs, anxiolytiques… 
  • Une prise de substances toxiques : cannabis, alcool… 
  • Un traumatisme local, un choc souvent observé dans les priapismes artériels. 
  • Certaines maladies hématologiques : leucémie myéloïde chronique (ou autre syndrome myéloprolifératif), troubles de la coagulation, troubles du drainage sanguin… 
  • Certaines injections destinées à traiter l’impuissance. 
  • La formation d’un caillot dans une artère. 
  • L’utilisation d’un anneau pénien inadapté. 
  • les injections intra-caverneuses dans le cadre de cancer de prostate ou de la vessie dans le cas des priapismes veineux. On parle alors de priapisme iatrogène 
  • La drépanocytose, responsable des priapismes chroniques intermittents. 
  • Un sevrage de drogue dure (héroïne). 
  • Le syndrome de Klein-Levin (hypersomnie diurne). 


Afin d’identifier la cause du priapisme, une prise de sang sera effectuée pour une recherche d’anomalie de formule sanguine qui indiquerait un trouble hématologique, une drépanocytose ou un trouble de la coagulation. Un écho-doppler peut également être réalisé afin d’identifier un caillot ou une fistule. 

Fréquence du priapisme dans la vie d’un homme 

L’épisode peut être unique, surtout quand la cause est le traumatisme. Cependant, et à partir du moment où la cause est la prise de médicament, le trouble circulatoire ou la drépanocytose, la survenue de priapisme peut se répéter voire devenir fréquente. 

Symptômes du priapisme : comment le reconnaître 

Le diagnostic du priapisme est relativement aisé par la présence de symptômes très spécifiques : 

  • Une érection prolongée de plusieurs heures. 
  • Une douleur anormale (comme vu précédemment, ce symptôme n’est pas systématique). 
  • Une impossibilité à éjaculer . 
  • Un gland mou malgré l’érection. 
  • Un gland de couleur bleue, dans le cas des priapismes à bas débit. 

Que faire en cas de priapisme ? 

Un priapisme artériel est susceptible de s’arrêter spontanément, ce qui est plus difficile dans le cas du priapisme veineux mais pas impossible. Une activité sportive (flexions, pompes, marche rapide…), l’application de froid sur la verge ou bien des massages favorisant la circulation sanguine peuvent venir à bout de l’érection non contrôlée. Cependant, au-delà de 4 heures de symptômes, la consultation en urgence est indispensable sans quoi les lésions liées à l’ischémie peuvent devenir irréversibles et entraîner une impuissance. 

Prise en charge médicale du priapisme 

Différents traitements peuvent être pratiqués pour contrer l’érection : 

  • Une ponction du corps caverneux , sous anesthésie, afin de drainer l’afflux sanguin. Une surveillance est toutefois nécessaire ensuite, car le priapisme peut parfois revenir. 
  • Une administration de produit vasoconstricteur (pseudoéphédrine) : la constriction des vaisseaux aide à l’évacuation du sang par les voies habituelles. 
  • Une création de shunt caverno-spongieux par incision du gland du corps caverneux au corps spongieux pour permettre l’évacuation du sang d’un tissu à l’autre. Le shunt est pratiqué sous anesthésie et nécessite une observation dans les heures qui suivent, afin de vérifier le maintien d’une pression satisfaisante dans l’organe. 
  • Une embolisation peut être nécessaire dans le cas de priapisme à haut débit, afin de réduire la lésion du vaisseau. 
  • Un traitement anti-drépanocytaire, dans le cas d’une drépanocytose provoquant des priapismes récurrents. 

Conséquences psychologiques 

Dans le cas de priapisme unique avec une prise en charge rapide et une récupération totale des fonctions érectiles, le suivi psychologique semble peu adéquat. Cependant, concernant les priapismes récurrents, le fait de ne pas pouvoir contrôler son propre corps peut affecter l’état psychologique des hommes touchés et un suivi peut être proposé. 
Il va sans dire que dans le cas d’un priapisme veineux pris en charge tardivement et donnant lieu à des troubles irréversibles de l’érection, le suivi psychologique est vivement conseillé car la sensation de virilité peut se trouver considérablement altérée. 

Conclusion 

Le priapisme peut donc toucher tous les hommes, quel que soit leur âge avec une prédisposition chez les hommes atteints de cancer de la prostate, de maladie hématologique, de troubles de la coagulation ou de drépanocytose. Les priapismes à bas débit, qui se manifestent en premier lieu par une forte douleur pénienne, relèvent de l’urgence urologique et la prise en charge aura pour objectifs principaux de détuméfier l’organe et de préserver la fonction érectile en évitant les lésions irrémédiables.

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